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La Genesis avait le cœur en santé. Elle a eu son triple pontage quand même.

Vendue avec « quelques bogues ». Les bogues venaient de mon téléviseur, qui n’arrivait pas à suivre le mode d’image large de la Genesis en RF. Comme il n’y avait rien à réparer, cette Model 1 a reçu des condensateurs neufs et un triple bypass, une petite carte qui lui donne une image et un son propres.

Avant: La Genesis avait le cœur en santé. Elle a eu son triple pontage quand même. Après: La Genesis avait le cœur en santé. Elle a eu son triple pontage quand même. Avant Après

Ma première Sega sur l’établi vient d’une annonce Kijiji à Pointe-Claire. Le vendeur demandait 50 $ pour une Genesis Model 1 avec son bloc d’alimentation, un commutateur RF, deux manettes génériques et huit jeux EA Sports dans leurs boîtiers, dont cinq de hockey. On s’est entendus à 30 $ comptant.

La description du problème tenait en deux phrases, en anglais : « Some glitches when operating, not sure of the cause. If you’re good with electronics or a tinkerer this is for you. » Autrement dit, quelques bogues, cause inconnue, parfait pour un bricoleur. J’aime ce genre d’annonce. Quelqu’un qui décrit ce qu’il a vu au lieu de deviner ce qui est brisé.

Tout ce qui venait avec l’annonce : la console, deux manettes, le bloc d’alimentation, le commutateur RF et huit jeux EA Sports.
Tout ce qui venait avec l’annonce : la console, deux manettes, le bloc d’alimentation, le commutateur RF et huit jeux EA Sports.

Cinq jeux de hockey et une image qui ondule

J’ai commencé avec les jeux du lot, en RF, sur mon téléviseur Samsung. Le RF, c’est la plus vieille façon de brancher une console : l’image et le son entrent par la prise d’antenne, comme un poste de télé.

NHL 94 en premier. L’image ondulait comme un vieux magnétoscope qui joue une cassette usée, surtout pendant l’intro et les transitions au noir entre les écrans. Sur la glace, elle restait stable. J’ai même réussi à compter un but.

NHL 94 sur la glace, où l’image restait stable, avec le Canadien qui mène 1 à 0.
NHL 94 sur la glace, où l’image restait stable, avec le Canadien qui mène 1 à 0.

NHL 95 ondulait de la même façon. En jouant, il y avait autre chose, de plus subtil : toute l’image montait et descendait un peu quand l’écran défilait, par exemple au milieu de la patinoire.

L’intro de NHL 95, le genre d’écran sombre où l’ondulation se voyait.
L’intro de NHL 95, le genre d’écran sombre où l’ondulation se voyait.

NHL 96 était pire. Tous les menus bougeaient, parfois de haut en bas, parfois de gauche à droite, mais le jeu lui-même roulait sans problème. Cette cartouche-là était aussi dure à entrer et à sortir, et la première fois que j’ai allumé la console, j’ai eu un écran noir. Je l’ai retirée, remise, et le jeu a démarré.

Les menus de NHL 96, ici Nordiques contre Canadiens, bougeaient plus que ceux des deux autres jeux.
Les menus de NHL 96, ici Nordiques contre Canadiens, bougeaient plus que ceux des deux autres jeux.

Ensuite, j’ai essayé trois de mes propres cartouches. Sonic 2 et Crusader of Centy bougeaient du début à la fin. Battletoads & Double Dragon bougeait seulement sur l’écran d’ouverture, à l’allumage de la console. Après, l’image restait stable.

Pas le câble

Un câble RF, c’est un suspect facile, alors je l’ai remplacé par un des miens. Même ondulation. J’ai essayé un câble RF de NES. Même chose. Puis j’ai fait l’inverse : le câble de cette console sur une NES qui fonctionne, et l’image était parfaite. Le câble était hors de cause.

C’était mon téléviseur

La Genesis peut dessiner son image en deux largeurs. Le mode large, H40, fait 320 pixels. Le mode étroit, H32, en fait 256. Chaque écran qui bougeait était en mode large, et chaque écran stable, en mode étroit. Les jeux NHL utilisent le mode large pour leurs menus et passent au mode étroit sur la glace. Battletoads & Double Dragon utilise le mode étroit une fois le jeu lancé.

J’ai donc essayé un autre de mes téléviseurs, un plasma Panasonic, avec la même console et le même câble. Plus d’ondulation. Puis j’ai commandé un câble composite, qui évite le RF au complet, et tout était parfait.

La console allait plutôt bien. C’était l’entrée RF de mon Samsung qui n’arrivait pas à suivre l’image de 320 pixels de la Genesis. Une NES n’utilise jamais ce mode plus large, et c’est pour ça qu’elle paraissait parfaite sur le même téléviseur, avec le même câble. Je ne peux pas savoir ce que faisait le téléviseur du vendeur, mais je parierais sur la même chose.

La rendre meilleure

Sans panne à réparer, j’ai décidé d’améliorer la console. J’ai commandé deux choses : un ensemble de condensateurs chez Console5 et un triple bypass chez Zaxour.

Les condensateurs, ce sont les petites canettes qui stabilisent les tensions sur la carte, et ils vieillissent. Le triple bypass, lui, mérite sa propre explication.

Ce que fait un triple bypass

Une Model 1 d’origine envoie son image et son son par son propre circuit de sortie, vers la boîte RF et vers une prise A/V ronde juste à côté. Toutes les Model 1 ajoutent aussi à l’image de pâles lignes verticales, plus ou moins visibles selon la console, qu’on appelle jailbars, des barreaux de prison. Elles viennent de la façon dont la carte est dessinée, pas d’une panne.

Le triple bypass, ou 3BP, est une petite carte qui prend ce travail en charge. Il prend le rouge, le vert et le bleu directement à la puce vidéo, récupère le son, et sort un RGB propre, de la vidéo composite et le son sur un nouveau connecteur. Il atténue du même coup les jailbars. Le nom lui va bien : trois choses contournent maintenant le circuit de sortie d’origine au lieu de le traverser. En anglais, un triple bypass, c’est aussi un triple pontage, d’où le titre.

Le RGB garde le rouge, le vert et le bleu sur trois fils séparés jusqu’au téléviseur, alors rien ne se mélange en chemin. Le composite, la fiche jaune toute seule, met tout sur un seul fil.

L’ensemble contenait deux cartes.

Les deux cartes de l’ensemble : la petite relief board en haut et le 3BP V2+ en bas, chaque pastille identifiée.
Les deux cartes de l’ensemble : la petite relief board en haut et le 3BP V2+ en bas, chaque pastille identifiée.

La petite, en haut, c’est la relief board. Les trois pastilles dans son coin du bas, marquées B, G et R, reçoivent les trois pattes de la puce vidéo qui transportent les couleurs. Ses pistes les amènent jusqu’aux pastilles R, G et B de l’autre coin, d’où partent les fils vers le 3BP. La grande, c’est le 3BP lui-même. Ses pastilles disent ce qui va où : R, G et B le long du bord du bas pour les couleurs, 5V et GND pour l’alimentation, et une colonne sur le côté gauche pour le son. HL et HR, à chaque bout de cette colonne, vont à la prise d’écouteurs à l’avant, si je me fie à leur nom. Les trous au bout de droite, à côté de l’inscription 3BP V2+, c’est là qu’il s’installe sur le nouveau connecteur à 9 broches.

L’ouverture

La carte mère est une VA6, le nom que Sega donne à cette révision, et elle avait l’air plutôt propre. Le dessous aurait besoin d’un petit nettoyage, mais rien de grave. Elle est en très bon état.

Les fils bleu, jaune et turquoise qui font des boucles sur le dessus ont l’air d’une vieille réparation. Ce sont ceux de Sega : toutes les cartes VA5 et VA6 sont sorties de l’usine avec.

Les condensateurs

La liste de Console5 pour cette carte compte 39 condensateurs. Il y en a beaucoup, des condensateurs, dans une Genesis.

Une poignée des vieux condensateurs, une fois retirés.
Une poignée des vieux condensateurs, une fois retirés.

L’installation

D’abord, la boîte RF et l’ancienne prise A/V sont sorties. Ensuite, j’ai marqué l’endroit où irait le nouveau connecteur, et j’ai gratté la couche verte de la carte avec un crayon grattoir pour atteindre la masse en dessous.

La boîte RF et l’ancienne prise A/V sont parties, et l’endroit gratté près du bord laisse voir le cuivre.
La boîte RF et l’ancienne prise A/V sont parties, et l’endroit gratté près du bord laisse voir le cuivre.

Puis j’ai soudé le nouveau connecteur en place. Ce n’est pas ma plus belle soudure, mais ça fonctionne.

Le nouveau connecteur à 9 broches, soudé là où était la boîte RF.
Le nouveau connecteur à 9 broches, soudé là où était la boîte RF.

Ensuite, les trois pattes de la puce vidéo qui transportent le rouge, le vert et le bleu devaient être détachées de la carte, pour que le 3BP puisse s’y brancher. Je les ai dessoudées et soulevées de leurs pastilles.

Trois pattes de la puce vidéo soulevées de leurs pastilles, sur le côté gauche, près du coin.
Trois pattes de la puce vidéo soulevées de leurs pastilles, sur le côté gauche, près du coin.

Puis je me suis rendu compte de quelque chose que j’aurais dû lire avant. Le 3BP a son propre amplificateur audio, et l’installation demande d’enlever quelques condensateurs audio de la carte. Je venais de les remplacer. Je les ai donc enlevés une deuxième fois.

Les trous vides dans le coin audio, là où les condensateurs que je venais de poser sont ressortis.
Les trous vides dans le coin audio, là où les condensateurs que je venais de poser sont ressortis.

Les trois pattes soulevées sont allées sur la relief board, qui se glisse juste sous ce côté de la puce vidéo. Le 3BP, lui, s’est installé sur le nouveau connecteur.

La relief board tenue par du ruban sous la puce vidéo, et le 3BP installé sur le nouveau connecteur, en haut à droite.
La relief board tenue par du ruban sous la puce vidéo, et le 3BP installé sur le nouveau connecteur, en haut à droite.

Quelques résistances et condensateurs sous la carte devaient aussi partir pour que le 3BP fonctionne correctement. Ils sont vraiment minuscules.

Venaient ensuite les fils qui amènent le rouge, le vert et le bleu de la relief board au 3BP. Ce n’est pas ma meilleure soudure non plus : mon fer à souder me donnait du fil à retordre avec sa température. J’ai donc vérifié la continuité de chaque fil, pour m’assurer que chacun était bien relié et qu’aucune soudure ne joignait deux pastilles voisines. Je ne sais pas trop comment, mais il n’y avait aucun pont de soudure.

Les fils de couleur qui partent de la relief board, sous la puce vidéo, jusqu’au 3BP.
Les fils de couleur qui partent de la relief board, sous la puce vidéo, jusqu’au 3BP.

Pour finir, les fils audio, puis le reste : le 5V, la masse et les autres.

L’installation terminée dans la coque du bas, avec le nouvel arc-en-ciel de fils qui descend du 3BP.
L’installation terminée dans la coque du bas, avec le nouvel arc-en-ciel de fils qui descend du 3BP.

La fermeture

Puis le test, et elle fonctionne très bien. Ensuite, j’ai tout remonté.

Le blindage métallique dans la coque du dessus, qu’il a fallu plier pour dégager le 3BP.
Le blindage métallique dans la coque du dessus, qu’il a fallu plier pour dégager le 3BP.

De l’extérieur, le seul changement est à l’arrière. Le nouveau connecteur à 9 broches occupe l’ancien trou du RF, et la prise A/V ronde en dessous n’est plus là. La console prend maintenant les mêmes câbles AV qu’une Model 2.

L’arrière de la console, avec le nouveau connecteur à 9 broches à la place de la sortie RF.
L’arrière de la console, avec le nouveau connecteur à 9 broches à la place de la sortie RF.

Verdict

Au bout du compte, la Genesis vendue avec « quelques bogues » avait une image stable sur un téléviseur et ondulante sur l’autre. Rien dans la console n’avait besoin d’être réparé, à ce que je peux voir. Elle a quand même eu ses condensateurs neufs et son triple bypass, et elle sort maintenant du RGB et du composite par un connecteur de style Model 2.

Il reste à nettoyer les cartouches, une par une, en commençant par NHL 96, celle qui résiste. Ça m’a pris plus de temps que prévu, mais ça valait la peine d’essayer. Une fois les jeux propres, elle sera mise en vente avec les manettes et les huit jeux, et l’argent ira dans la cagnotte que ma blonde et moi mettons de côté pour le Japon.

Si tu comptes remplacer les condensateurs d’une console que tu vas aussi modifier, lis d’abord le guide d’installation du mod. Il te dira lesquels tu n’auras pas besoin d’acheter.